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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 12:56

L'expérience des vélos en libre service était à la base une belle idée, en tant que transition possible depuis un système du tout-voiture Pompidolien et périmé, vers les modes de transport doux et forcément multi-modaux de l'avenir. L'idéal étant bien sûr d'atteindre une masse critique de vélos pour faire changer les comportements, et de donner envie aux gens de ressortir leur propre biclou, les Vélos Nucléaro-Publicitaires Decaux (VNPD) ayant vocation à disparaître, à terme.

 

On laissera de côté l'aspect publicitaire et l'intérêt bien compris du prestataire Decaux (cf post précédent "L'Etrange Histoire de Le Vélo »), pour rendre justice au seul point positif de l’expérience : force est de constater qu'il semble y avoir un (tout petit) peu plus de vélos dans Marseille qu'avant les VNPD, qu'ils soient de location, ou pas.

 

Le problème est que l'expérience de "Le Vélo" à Marseille depuis fin 2007 est, et peut-être de plus en plus, menée n'importe comment. Même des utilisateurs occasionnels comme les cyclistes réguliers que nous sommes, peuvent s'en rendre aisément compte, en ne prenant pourtant ces vélos qu'à titre de dépannage... A cela, pas mal de raisons qu'il convient de lister le plus précisément possible : une autopsie, c'est scientifique !

 

Le Vélo 2 (Marseille) DominiquePipet flickr

(Photo © Dominique Pipet)

 

1) Remplissage/Vidage des stations : le grand n'importe-quoi !

 

Bien évidemment la gestion de flux de vélos en libre-service nécessite un suivi fin des usages et des comportements. Et à l'occasion une régulation par camion, qui consiste à ramener des groupes de vélos aux points de départ. Cela se pratique régulièrement à Lyon et à Paris, généralement vers les points hauts (qui sont aussi les quartiers d'habitation : Croix-Rousse, Montmartre...). Le site web du service de Marseille étant capable de dire en temps réel la localisation des vélos par stations, on pourrait croire qu'un tel suivi des flux est assez facile.

 

Eh bien, non. A Marseille, les VNPD sont là depuis trois ans à ce jour. Pour autant en matière de gestion des flux, les employés Decaux/Cyclocity à Marseille n'ont manifestement rien appris, rien retenu, rien compris... Faites le test : il n'y a jamais de vélos aux points hauts de la ville, jamais de place aux points bas. Ou plus généralement, jamais de vélos aux points de départ (quartiers d'habitation), jamais de places aux points d'arrivée (quartiers de travail et zones touristiques).

 

Expérience arrivée 3 fois de façon similaire à un usager en 2 ans et refaite ce jour-même : 4 stations vides dans le quartier La Plaine / Cours Julien à 8 h 30 (pourtant habités de ces horribles bobos que la mairie déteste - pas le plus mauvais public pour des vélos !), puis 4 stations pleines d'affilée sur le Prado (pourtant pas le quartier avec la plus forte pression cycliste...) à 9 h 00.

Bien évidemment quand un trajet à vélo qui devrait durer 25 minutes, dure 25 minutes + 10 minutes de recherche de vélo avant + 10 de recherche de place de vélo après = 45 minutes, il perd beaucoup de son intérêt !

 

A partir de là, deux hypothèses :

 - à 7 h 30 chaque matin, les stations de départ sont pleines et les stations d'arrivée sont vides, et un énorme flot de cyclistes VNPD les prend d'assaut quotidiennement. C'est une bonne nouvelle, sauf que ça paraît un peu trop beau pour être vrai. Et même dans ce cas il y aurait lieu d'organiser un flux contraire de retour de vélos aux points de départ... ce qui optimiserait le service pour les "salopards de privilégiés" qui embauchent à 9 heures ou plus tard, et sont quand même assez nombreux si l'on en juge par les embouteillages encore observés à cette heure-là (au fait Marseille a fini 8ième au concours des villes les plus embouteillées d'Europe en mars 2010, pas mal non ?)

 

- ou alors, les équipes Decaux, au lieu de gérer des stations "intelligemment remplies" (mettons entre 1/2 et 2/3), remplissent les stations au coup par coup. C'est hélas l'hypothèse la plus vraisemblable, d'autant qu'on les a déjà vus faire : si j'ai rempli une station, j'ai bien travaillé, fini, parti ! Et tant pis s'il n'y a pas de vélos disponibles dans la station d'â côté, et tant pis si on ne peut pas en déposer un ici, c’est pas mon problème... Essayez de leur dire, pour voir : ils s’en fichent, ils sont comme l’allumeur de réverbère du Petit Prince : « La consigne, c’est la consigne… »

 

Le Vélo 1 (Marseille) wikipedia s

2) L’état des vélos VNPD : de surprise en surprises...

 

L'autre souci, plutôt d'ordre technologique que marseillais, est l'état des vélos et le fonctionnement de l'outil de diagnostic dans les stations. Bien évidemment un objet en libre service a vocation à se détériorer, il n'est pas choquant que la station refuse de délivrer des vélos qui ne sont pas en état de rouler de façon sûre. C'est même plutôt rassurant, en théorie.

 

Voici cependant un rapide inventaire des pannes observées sur des vélos délivrés tout à fait normalement par Decaux entre 2008 et 2010 (pas toutes sur le même, bien sûr !) : pneu avant crevé ; pneu arrière crevé ; absence de pneu avant ; vélo déraillé (et non "re-raillable" puisque tout est caché, un grand classique) ; guidon dévissé (attention à vos dents !) ;  réglage de selle cassé ; vitesse ne passant pas ... Sans compter l'absence, statistiquement une fois sur deux, de freins corrects soit à l'avant soit à l'arrière. Dites-nous si on en oublie...

 

Pour l'anecdote, on peut aussi signaler avoir vu une selle qui casse net au niveau du manche en descendant d'un trottoir bas (une grave blessure évitée de justesse). Et puis bien sûr, les célèbres "pannes de station" : le système qui se reboote et plante, l'écran tactile en panne, etc. : on repart souvent très dépité d'une station qui paraissait pourtant parfaitement achalandée et même, on peut dire que s'il y a trop de vélos quelque part où il n'y en a habituellement pas, c'est suspect...

 

Le_Velo_3_-Marseille-_marseille-sympa_dot_com_s.jpg3) D’autres problèmes marseillais : horaires, répartition des stations

 

Marseille est la seule ville d'Europe où le service s’arrête la nuit (après minuit). Vous savez, la nuit ? Ce moment précis où il n’y a plus de bus/tram/métro, et où des vélos seraient si utiles… Ce moment où les gens sont le plus susceptibles d’être éméchés/enfumés, et seraient tellement moins dangereux sur un vélo qui les aiderait, en plus, à dégriser…Ce moment où les statistiques d'usage explosent à Paris et à Lyon !

 

Quant à la répartition des stations, elle répond à un plan bien plus large d’isolation des quartiers turbulents, plan mené depuis de longues années par les municipalités respectives. Ce n’est certes pas M. Decaux qui a décidé où mettre des stations. Ainsi, pas de station plus au nord que la Joliette, ce qui laisse une petite moitié de Marseille non desservie, la fameuse moitié qu’on préfère laisser chez elle. Coincidence ? Allons donc. En attendant, les quartiers nord étouffent, et les pauvres perdent leur temps, leur santé et leur argent dans des bagnoles, en essayant de gagner les zones centrales de travail, de commerce, de loisir...

 

Le_Velo_4_-Marseille-_blog_dot_topheman_dot_com_s.jpg4) Résultat de l’autopsie : le cadavre bouge encore, maintenu à l'état de légume

 

Des 50 000 abonnements espérés par l'opérateur en 2008 (mais jamais atteints), on plafonne en 2009 à 5300 abonnements longue durée et 1400 cyclistes à la semaine. Et le taux d'utilisation des VNPD en chute encore de 10 % entre 2008 et 2009. Autrement dit, c’est nullissime et de pire en pire (source, La Provence, 31.05.2010).

 

Après un effet de nouveauté, le système a déçu, et déçoit encore, les utilisateurs de vélos et de « Le Vélo » sont unanimes. Ceux qui faisaient déjà du vélo avant, en font toujours, et pas sur VNPD. Ceux qui ont essayé d’aller travailler régulièrement avec ont constaté que le service n’était pas fiable, et en sont revenus. Reste quelques usages de dépannage et touristiques : un bruit de fond d’usage, qui ne fera pas basculer Marseille du bon côté de la Force …

 

Et la situation a tout pour perdurer ! D'abord parce que la Ville de Marseille, faut-il le rappeler, s'en fout. Ensuite, parce que tant que M. Decaux pourra continuer à truster l’ensemble des emplacements légaux et illégaux d’affichage de publicité, il se fout pas mal de perdre de l’argent sur l’expérience Le Vélo, qui n’est pour lui qu’une petite contrepartie anecdotique. Il y a donc fort à parier qu'on verra encore longtemps les VNPD, ces pauvres créatures souffreteuses et mal fichues, hanter les fausses pistes cyclables de Marseille...

 

Marseille réussissant même à apparaître, c’est véridique, comme une ville « Bike-Friendly » sur une carte publiée dans « 20 minutes » en 2009, carte dont Strasbourg était par exemple exclue puisque cette ville ne propose QUE 450 km de pistes cyclables (6 fois plus qu’à Marseille pour une surface 3 fois plus petite ), mais PAS de Vélib.

 

Ca ne vous donne pas envie de casser quelque chose, à vous ? Nous, si, mais par pitié, pas un Vélib, peuchère, ils n'ont déjà pas la vie facile...D'ailleurs, après cette autopsie, voir aussi la dissection et l'épitaphe d'un Vélib' !

 Une brève pour finir : une pétition à signer pour obtenir enfin la mise en place nocturne du service Le Vélo à Marseille. 

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Published by Collectif Cyclistes EnragéEs - dans Documents
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commentaires

Zephir 07/06/2012 09:13


Un mot quand même sur le foutage de gueule que représente les pistes cyclabes à Marseille : pas plus de 500 metres consécutifs, dans des endroits improbables et surtout, constamment revcouvertes
de voitures stationnées (et jamais verbalisées) ou de terrasses de bars (véridique, allez voir avenue Foch).

Dan 31/05/2012 10:55


Moi aussi j'ai fini par acheter mon vélo.


le service de location des velibs est ridicul pour une ville comme marseille.
manque d'entretien, de stations, paiement compliqué fragile...


Ceux qui le gére ne doivent pas l'utiliser. Pire, ceux qui le gére ne souhaitent pas qu'il se développe.


Pourtant, Marseille en vélo , c'est possible (oui, sauf pour Notre Dame de la garde) et c'est même super.

Philippe 31/05/2012 10:46


Et presque 2 ans après cet article, Ciclocity continue à nier l'évidence de ce ratage et à se satisfaire de 5500 abonnés !


cf l'article :


http://www.20minutes.fr/article/943957/biclou-libre-service-roule


du pur foutage de gueule, y compris du Conseil Général : ne créons pas d'offre, nous n'aurons pas de demande !


 

dan 04/04/2012 09:16


Moi aussi après quelques tentatives de location d'un vélib , j'ai abandonné, les balades commençaient ou terminaient à chaque fois par un stress (va t'on en trouver un) et surtout une colère de voir que Marseille reste incapable d’offrir un service
correct....  


j'ai fini par m'en acheter un car  Marseille en vélo oui, c'est possible !

Florian 30/06/2011 09:48


d'abord merci pour votre blog qui est une mine d'information pour les cyclistes marseillais, un metier a haut risque. Je vais quand meme me faire l'avocat du diable. Je suis un utilisateur
quotidien du velo (oui ca existe) entre les 4 septembre et le vieux port. Je dois dire que sur une petite section comme celle-ci, ca fonctionne assez bien. C'est rapide (environ trois fois plus que
le bus) et ca permet de stationner sans souci de vol. De plus, il y a 6 stations aux environs du metro vieux port, il y a donc toujours de la place. Cerise sur le gateau, c'est gratuit (moins d'une
demi heure). Par contre je suis d'accord, les velos sont souvent dans un sale etat et tres lourds.


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